Category "El Batroun"

Saydet Naya – Maronite (Kfar Chlaiman / El Batroun)

April 27, 2019

Saydet Naya (Notre-Dame-des-Vents)

Itinéraire : 18 km à l’est de Batroun en direction de Sourate, Jdabra, Bejdarfel. De Sourate une route à droite monte vers la colline de Kfar Shleiman (750 m d’altitude).

La chapelle de dimensions très réduite (2,75 x 1,48m) est aménagée dans ce qui semble être à l’origine une citerne antique creusée entièrement dans le rocher. L’orifice sommital de la citerne a été bouché et une porte a été percée dans la paroi est. L’accommodation de la chapelle à une structure préexistante explique le fait que l’autel est placé contre la paroi sud plutôt qu’à l’est, comme cela se fait habituellement en Orient. La chapelle faisait probablement partie d’un ensemble monastique ou cénobitique. Toutes les parois, y compris le plafond, sont décorées de peintures inégalement conservées. Elles ont été restaurées en février 2007 grâce à l’AREFML, le soutien financier de l’Association Philippe Jabre, l’aide logistique de l’association locale du village de Sourate, et la restauratrice de fresques Livia Aliberti de Consorzio Arké à Rome.

Plafond

La figure du Christ en Majesté trône dans les cieux à la fin des temps, image qui témoigne de la résurrection du Seigneur et de son triomphe sur la mort. Il est entouré des créatures célestes – un séraphin et un chérubin – dont seule, une figure à six ailes est encore visible. Le Christ est également entouré du Tétramorphe, les symboles des 4 évangélistes desquels ne subsistent que la figure du lion, pour Marc, et celle de l’ange, pour Matthieu, qui évoquent sa gloire. De part et d’autre de la tête du Christ deux médaillons représentent le soleil et la lune, symbole de son pouvoir éternel.

Mur sud

La paroi sud comprend deux registres, dont le premier au niveau supérieur est occupé par une Déisis. Au centre de la composition le Christ est représenté en buste, tenant le Livre d’une main et bénissant de l’autre. La Vierge à gauche, et Jean Baptiste, dit le Précurseur, à droite, figurés dans une attitude de supplication, intercèdent auprès de Lui en faveur de l’humanité. La scène de la Déisis est représentée dans la plupart des absides des églises du Liban, car elle évoque la Seconde Venue du Sauveur, le jour du Jugement dernier. Plus bas, deux diacres se tiennent de part et d’autre d’un autel ; ils sont reconnaissables à leurs vêtements blancs et aux attributs liés à leur fonction: le ruban qui descend de leur épaule, l’encensoir et la boîte d’encens

Mur est

A gauche de l’entrée, la Mère de Dieu allaitant l’Enfant-Jésus est assise sur un trône. L’image a une signification eucharistique, car le lait est assimilé au vin de la Communion. Les représentations de la Vierge allaitante sont plus répandues dans la peinture médiévale de l’Orient chrétien qu’ailleurs.A droite de l’entrée, à l’intérieur d’un panneau délimité par un gros trait rouge on peut voir un sagittaire s’apprêtant à tirer sa flèche sur un capridé. Les deux figures sont séparées par une croix où il est écrit en grec : « le Christ vainc ». Il s’agit de la vision de saint Eustache auquel le Christ est apparu alors qu’il poursuivait un cerf. Cette manifestation divine entraîna sa conversion.

Mur nord

Un saint cavalier à peine visible, probablement saint Georges, occupe le mur du fond, à l’opposé de la Déisis ; cette image est très vénérée en Orient où les saints soldats chevauchant apparaissent en protecteurs et défenseurs des fidèles.

Mur ouest

Il ne reste presque rien des peintures qui ornaient la paroi occidentale en face de l’entrée. Les fragments conservés laissent cependant deviner l’existence d’une seconde représentation d’une Vierge trônant, placée exactement en vis-à-vis de l’image de la Mère de Dieu allaitant l’Enfant, qui affirme l’Incarnation du Verbe divin.Dans le prolongement de ce panneau, vers la droite, la paroi est constellée d’étoiles, et à l’extrémité nord du mur, dans un enfoncement de la paroi rocheuse, il y avait le portrait en pied d’un saint, dont il ne reste que les contours du nimbe.

Interprétation et style

La décoration des églises a une valeur symbolique. Dans cette chapelle, les représentations de saints, dont seule celle de saint Eustache est clairement identifiée, possèdent des valeurs protectrices ; les deux représentations de la Vierge Marie, dont seule une est encore visible, ont probablement donné le nom à cet oratoire : Sayyidat Naya. Il pourrait s’agir d’un ermitage, ou d’une cellule quelque peu séparée du reste de l’église qui était construite un peu plus bas, cellule décorée par un moine qui y vivait.Le style de ces peintures se rattache à la tradition syriaque du XIIIe siècle dans sa forme la plus simplifiée, qualifiée de monastique.

Pour en savoir plus:

  • Levon NORDIGUIAN et Jean-Claude VOISIN, Châteaux et églises du Moyen Age au Liban, éd. Terre du Liban (1999, rééd. 2009)
  • Mahmoud ZIBAWI, Images chrétiennes du Levant. Les décors peints des églises syro-libanaises au Moyen Age, CNRS éditions, Paris, 2009
  • Nada HELOU, La fresque dans les anciennes églises du Liban, volume I (Jbeil et Batroun), éd. Aleph, 2007

Sur les chevaliers de Sourate, lire l’article de Ray Mouawad

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Saydet Kharayeb – Grec Orthodoxe (Kfar Helda / El Batroun)

April 27, 2019

Saydet Kharayeb (Notre-Dame des Ruines)

L'entrée de l'église

L’entrée de l’église

L'Annonce aux Bergers

L’Annonce aux Bergers

L’église de Saydet Kharayeb est une chapelle votive qui se dresse au milieu des vestiges d’un hameau (autrefois Kfar Malkoun) surplombant la ville de Batroun, ce qui explique son appellation.

Elle présente la disposition des églises rurales d’architecture locale : une simple salle rectangulaire recouverte d’une voûte en berceau brisé, et terminée par une abside, ici à imposte.

Les fresques

Découvertes récemment, elles ont bénéficié de deux phases de restauration en 2009 et 2011 à l’initiative de l’AREFML, par Ch. Chmielewski et T. Waliszewski de l’Académie des Beaux-Arts et de l’Université de Varsovie. La première phase a été subventionnée par l’Église Grecque-Orthodoxe du Liban à travers le Waqf du village (Association des Biens religieux) ; la seconde a été possible grâce au mécénat de la FFA Private Bank.

Ces restaurations ont dévoilé sur la paroi sud des fresques d’une grande qualité technique et stylistique. Il s’agit d’une représentation, malheureusement très fragmentaire, de la Nativité du Christ : il subsiste la grotte, de forme conique, à l’intérieur de laquelle se détache une partie du visage de Marie, avec, d’un coté, une représentation très animée de quatre anges en vénération, et de l’autre, une représentation de l’Annonce aux Bergers.

Le mur nord et l’abside restent cependant à restaurer : sur la paroi nord subsiste un fragment de la figure d’un saint, identifié par une inscription en grec comme saint Dometios (Doumit), saint très vénéré au Liban.

Une magnifique Déisis avec le Christ trônant en majesté entre la Vierge et le Baptiste en supplication, a été découverte dans l’abside en dessous d’une épaisse couche de suie.

Ces fresques, la Nativité et la Déisis sont d’un style strictement byzantin et datent du XIIIe siècle.

Pour en savoir plus :

  • Levon NORDIGUIAN et Jean-Claude VOISIN, Châteaux et églises du Moyen Age au Liban, éd. Terre du Liban (Réédition 2009)
  • Nada HELOU, La fresque dans les anciennes églises du Liban, volume I (Jbeil et Batroun), éd. Aleph, 2007

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Mar Saba – Maronite (Eddé/ El Batroun)

April 27, 2019

Mar Saba

***   DERNIERE MINUTE (le 12/11/2013) : la restauration des fresques a été terminée durand le mois d’octobre par une équipe de restaurateurs russes, toujours sous la direction de M. Vladimir Sarabyanov.Les fresques restaurées seront inaugurées le 16 novembre en présence de son excellence Mgr. Mounir Khayrallah, évêque du diocèse maronite de Batroun, et de son excellence l’ambassadeur de la Fédération de Russie M. Alexandre Zasypkin.   ***


L’église de Mar Saba est une église maronite dédiée à un saint Saba, qui veut dire sage, vieillard, en syriaque. On accède au village de Eddé par la ville côtière de Batroun, d’où l’on se dirige vers la montagne, en direction de Eddé-Bejdarfel. Il faut compter une dizaine de minutes en voiture entre Batroun et Eddé.

Il existe dans le sanctoral des Églises d’Orient différents saints du nom de Saba. L’un était Saba Gûshniâzd, originaire de Beit Glâl dans le sud-est de l’Iraq actuel, et moine (m. 488) ; sa commémoration syriaque orientale avait lieu le 20 août; un autre saint, Saba Pirgushnasp, était un enfant martyr, persécuté dans le Beit ‘Arabayé (nord de Bagdad) sous Sapor II avec des milliers d’autres chrétiens vers 363. Il est commémoré dans le martyrologe de Rabban Saliba (syriaque orthodoxe) au 23 janvier, 16 avril, et au 16 août. Le calendrier syriaque oriental moderne le commémore également le 16 août. Et puis le fameux Saba le Mutalasque, moine-ermite, fondateur en 478 d’une laure palestinienne, défenseur de Chalcédoine, thaumaturge, mort en 532. Sa fête est le 5 décembre.

A Eddé, la fête du saint est traditionnellement célébrée par les Maronites le 25 août.

À l’époque des Croisades, un chevalier Raymond d’Éddé faisait partie, en 1249, de l’entourage des Gibelet-Porcelet. Le village appartenait de ce fait à des seigneurs francs, qui étaient vassaux des seigneurs de Gibelet, les Embriaci. Cette influence franque sur Eddé se révèle dans l’architecture de l’église médiévale de Mar Saba. Celle-ci comprend de nombreux détails spécifiques de l’architecture croisée au Liban, dont par exemple l’aménagement d’une niche cintrée dans la paroi absidiale surmontée d’une lucarne rectangulaire, comme à Keftoune. Deux oculus de forme étoilée éclairent aussi la nef, l’un au-dessus de l’arc triomphal, l’autre dans le mur de la façade ouest.

L’église de Mar Saba comprend des fresques exécutées en l’année 1575 des Grecs/1264. Les Maronites avaient réussi cette année-là à repousser, de concert avec les Francs, une violente attaque du sultan mamelouk Baybars sur Tripoli. Baybars avait pu conquérir al-Qulay‘ât (La Qolée des Croisés), et Aarca (site du ‘Akkar). Il avait mis le siège devant Tripoli, alors gouvernée par le prince Bohémond VI, mais les montagnards maronites « fondirent sur eux de leur montagne », selon l’expression de la Chronique du patriarche Douayhi (m. 1704), et mirent en déroute les soldats mamelouks.

A la suite de leur victoire, les Maronites ont construit des églises à Husrâyil et sur la côte, et ont notamment achevé les fresques du mur nord de l’église de Mar Saba, selon une inscription du peintre des fresques, que Douayhi a lue mais qui ont été effacées depuis, datée de l’année 1575 des Grecs.

Les fresques

Mur nord : Il comprend des fresques dont une Dormition de la Vierge. Inscriptions syriaques.

Mur sud : Une Vierge en majesté, avec le Christ à peine visible au milieu de la poitrine.

Au moins quatre saints cavaliers étaient représentés sur les parois latérales et les arcades, dont un Saint Georges. Il n’en reste malheureusement que des fragments.

L’église de Mar Saba comprend également une Crucifixion, avec Saint Jean et la Sainte Vierge se tenant de part et d’autre de la croix. On distingue une inscription syriaque en estranguelo. Trois femmes sont avec la Vierge Marie. Au niveau supérieur de la fresque deux anges volent de part et d’autre de la croix, tandis que l’un d’eux cache son visage de douleur avec ses mains. On aperçoit le soleil. Un troisième ange déroule un volumen avec caractères syriaques.

Les fresques de l’église ont été systématiquement martelées, et celles qui ont survécu à cette tentative de destruction ne sont visibles qu’à travers un voile de piquetages sur les murs.

La restauration

Une première phase de restauration a été effectuée au printemps 2012 par une équipe de restaurateurs russes, sous la direction de M. Vladimir Sarabyanov, professeur en Histoire de l’art et en techniques de restauration à l’université Saint-Tychon de Moscou.

Cette phase, qui a duré six semaines, a bénéficié du soutien de l’évêché maronite de Batroun et de la municipalité de Eddé.

Pour en savoir plus :

  • Levon NORDIGUIAN et Jean-Claude VOISIN, Châteaux et églises du Moyen Age au Liban, éd. Terre du Liban (1999, rééd. 2009)
  • Mahmoud ZIBAWI, Images chrétiennes du Levant. Les décors peints des églises syro-libanaises au Moyen Age, CNRS éditions, Paris, 2009
  • Nada HELOU, La fresque dans les anciennes églises du Liban, volume I (Jbeil et Batroun), éd. Aleph, 2007
  • Nada HELOU, L’église de Saint Saba à Eddé Batroun, in Parole de l’Orient, 28, 2003
  • Nada HELOU, Les fresques de l’église de Saint Saba à Eddé Batroun (Liban) in XXe Congrès International des Etudes Byzantines, Pré-actes, III, Communications libres, Paris, 2001

Mar Jirjis – Maronite (Rashkida / El Batroun)

April 27, 2019

Mar Jirjis (Saint Georges)

Vue extérieure de Mar Jirjis

Vue extérieure de Mar Jirjis

L. Nordiguian et le regretté V. Sarabyanov

L. Nordiguian et le regretté V. Sarabyanov

Rashkida est un village du pays de Batroun (situé à 8 km de la ville) auquel on accède depuis Batroun via Ejdabra, Bejdarfel et Ibrine. Aujourd’hui chiite, ce village a conservé une église médiévale (12-13e s.) dédiée à saint Georges, et relevant de l’Église Maronite. Des familles maronites habitaient encore à Rashkida au 19ème siècle.

L’église de Saint-Georges est légèrement excentrée par rapport au village, sur une colline. Elle comprend un porche à l’entrée, et derrière l’église basilicale à structure très rustique, s’ouvre une chapelle annexe. Des fresques sont visibles aussi bien dans l’église que dans cette chapelle arrière.

Cette église, qui est un des projets phares de l’AREFML, a bénéficié d’une première phase de restauration au printemps 2012, sous la direction de M. Vladimir Sarabyanov, professeur en Histoire de l’art et en techniques de restauration à l’université Saint Tychon de Moscou. Cette restauration avait été rendue possible par le mécénat de l’Association Philippe Jabre, ainsi que par l’aide logistique et financière de l’évêché maronite de Batroun.

Elle nous a permis de découvrir des fresques beaucoup plus importantes que ce qu’on pouvait supposer. Nous avons donc effectué trois phases ultérieures de restauration, en 2013, 2014 et 2015, toujours avec le soutien de l’Association Philippe Jabre et de l’évêché maronite de Batroun, et avec la même équipe. Nous avons eu toutefois à déplorer le décès de M. Sarabyanov au mois d’avril 2015, remplacé à présent par son collègue Dimitri Cheremisin.

La chapelle annexe est pourvue de deux absides. Les fresques mises au jour sont : dans l’abside sud, partiellement restaurée, une Déïsis avec une représentation du sacrifice d’Isaac sur l’arc de l’abside; sur le mur séparant  les deux absides, une Crucifixion, également partiellement restaurée, avec la Vierge et une sainte Femme d’un côté de la Croix, et saint Jean et le centurion Longin de l’autre ; l’abside nord en revanche, a été entièrement dégagée : on y voit à présent la Vierge trônant, entourée des saints Pierre et Paul.

Une campagne de restauration supplémentaire, et peut-être deux, sont encore nécessaires pour finaliser ce projet et mettre pleinement cette église en valeur.

Pour en savoir plus :

  • Levon NORDIGUIAN et Jean-Claude VOISIN, Châteaux et églises du Moyen Age au Liban, éd. Terre du Liban (1999, rééd. 2009)
  • Nada HELOU, La fresque dans les anciennes églises du Liban, volume I (Jbeil et Batroun), éd. Aleph, 2007
  • Erica CRUIKSHANK DODD, Medieval Painting in the Lebanon, Sprachen und Kulturen des Christlichen Orients (SKCO), Weisbaden 2004
  • Mat IMMERZEEL, Identity Puzzles. Medieval Christian Art in Syria and Lebanon, Orientalia Lovaniensia Analecta, 184, Leuven 2009